Ce qu’il faut retenir
- Codex (OpenAI) a rooté une TV Samsung en quelques étapes autonomes (énumération, analyse de code, exploitation), là où des humains mettent des semaines.
- Claude Mythos (Anthropic), AISLE et ÆSIR (Trend Micro) ont découvert des milles de vulnérabilités critiques (Windows, macOS, Linux, NVIDIA, Tencent, MLflow), prouvant que l’IA trouve des 0-days à l’échelle industrielle.
- Le vrai défi : l’asymétrie temporelle – les IA scannent et exploitent en continu, tandis que les fabricants patchent au rythme humain, creusant un fossé croissant en cybersécurité.
Une TV Samsung rootée en quelques minutes : l’exemple Codex
En 2026, une IA d’OpenAI, Codex, a réussi à prendre le contrôle total (root) d’une télévision Samsung tournant sous KantS2, une plateforme logicielle datée de 2018-2020. Le processus ? Une chaîne d’exploitation autonome :
- Énumération des surfaces d’attaque.
- Lecture du code source du firmware.
- Test d’hypothèses en temps réel sur l’appareil.
- Développement d’un Proof of Concept (PoC) en quelques secondes.
- Exécution de l’exploit pour obtenir les droits root.
Le plus inquiétant ? Codex n’a eu besoin que d’un accès shell basique et du code source pour y parvenir. À titre de comparaison, une équipe humaine aurait mis plusieurs semaines à enchaîner ces étapes. Pire : la faille exploitée – un driver laissé avec des droits d’écriture sur le firmware – est un type de vulnérabilité courante dans les appareils embarqués.
Samsung a depuis corrigé la faille, mais l’incident soulève une question cruciale : combien d’appareils obsolètes ou mal maintenus restent exposés ?
L’IA comme machine à 0-days : une révolution en marche
Codex n’est pas un cas isolé. D’autres modèles d’IA, comme :
- Claude Mythos (Anthropic) : a identifié des milliers de vulnérabilités critiques sur Windows, macOS, Linux et les principaux navigateurs.
- AISLE : a découvert 12 vulnérabilités critiques dans OpenSSL, patchées en janvier 2026.
- ÆSIR (Trend Micro) : revendique 21 CVEs sur des cibles comme NVIDIA, Tencent et MLflow depuis mi-2025.
Le constat est sans appel : les IA automatisent la découverte de failles à une échelle et une vitesse inégalées. Elles scannent en continu, sans fatigue, sans pause, et avec une précision chirurgicale.
Le défi asymétrique : l’IA contre les équipes humaines
Le vrai problème n’est pas la capacité des IA à trouver des failles – on sait déjà qu’elles en sont capables. C’est la vitesse à laquelle elles le font.
- Côté attaque : une IA peut scanner un firmware 24/7, tester des millions de combinaisons, et exploiter une faille en quelques heures.
- Côté défense : les fabricants patchent au rythme humain – lecture de rapports, tests, validations, déploiements… sans compter les retards liés aux congés, aux priorités commerciales ou aux appareils obsolètes.
Résultat : un décalage temporel croissant, où les attaquants (humains ou IA) prennent une avance structurelle sur les défenseurs.
Que faire en tant qu’utilisateur ?
La faille Samsung a été corrigée… à condition d’avoir installé la mise à jour. Or, pour une TV achetée il y a cinq ans et utilisée occasionnellement, les chances sont minces.
Quelques réflexes essentiels :
- Vérifier les mises à jour sur tous les appareils connectés (routeurs, caméras IP, domotique, vieux smartphones, etc.).
- Désactiver les appareils non utilisés – un objet connecté non patché est une porte d’entrée potentielle.
- Isoler les appareils critiques (ex : caméras de surveillance) sur un réseau dédié.
- Auditer régulièrement son environnement – un scan de vulnérabilités basique peut révéler des failles connues.
Vers une cybersécurité post-humaine ?
L’exemple de la TV Samsung n’est qu’un avant-goût. Si une IA peut rooter une télévision avec un simple accès shell, quels autres appareils sont vulnérables ? Box internet, voitures connectées, pace-makers, infrastructures industrielles… La liste est longue.
Le message est clair :
- Les 0-days ne sont plus l’apanage des chercheurs – les IA les trouvent à la chaîne.
- La cybersécurité devient un problème d’échelle industrielle – il faut repenser la défense automatisée.
- Les utilisateurs doivent adopter une hygiène numérique proactive – car dans cette course, les fabricants ne pourront pas toujours suivre.
Préparez-vous : ce n’est pas une question de si, mais de quand votre prochain appareil sera ciblé par une IA.



